« NUL NE PEUT SE SENTIR À LA FOIS RESPONSABLE ET DÉSESPÉRÉ »*

Le Fipadoc aime à se définir comme un festival citoyen. En ces temps agités, nous souhaitons que s’y épanouissent les échanges qui favorisent la démocratie, l’altérité qui scelle le pacte social, la culture qui adoucit les laideurs du quotidien.

C’est une philosophie de l’action comme antidote à l’abattement que
dessine cette phrase du plus engagé des écrivains-aviateurs, et qui peut être entendue comme le cri de ralliement de nombre de cinéastes sélectionnés cette année. Leurs films semblent affirmer que partout où il y a du documentaire, il ne saurait y avoir de découragement.

Le contexte politique français avec des attaques sur le paysage
audiovisuel public et les arbitrages financiers défavorables à la culture laissent craindre des difficultés dans le monde du documentaire. Nous continuerons à défendre ce mode d’expression, convaincues par sa diversité, sa richesse culturelle et sa nécessité démocratique. La France a inventé la notion d’exception culturelle pour reconnaître aux industries culturelles un rôle spécifique, préservé des seules lois du commerce, il faudra sûrement au niveau européen renforcer cette exception politique et introduire une dimension de souveraineté culturelle.

Pour sa 8e édition, le Fipadoc affirme sa position de festival citoyen, fort de réalisateurs et réalisatrices toujours prêts à monter à l’assaut des aspérités du réel (Des bas-fonds à la lumière). Mais aussi, à déterrer les secrets du passé (La Vente secrète des Juifs en Roumanie) ou du présent (Secret de fabrication), à nourrir la réflexion (Le Dilemme d’Hippocrate) et à se projeter vers l’horizon (Un renard sous une lune rose).

Le Fipadoc vous apporte le monde : plus de 150 films de 35 nationalités.
Festival par définition voyageur, il sait aussi poser ses valises dans un lieu d’élection. Cette année, le Focus explorera l’Espagne et le Portugal, avec une vingtaine d’œuvres tour à tour poétiques (Histoires de la bonne vallée, Les Marais), engagées (Construire la mémoire : écriture, engagement et mémoire) et délicatement intimes (Les Sous-bois).


Que raconte notre sélection sur notre époque?

Sans surprise, que le monde ne va pas bien. Pourtant, après plusieurs années de guerre sur le front de l’Est et celui de Gaza, le documentaire hisse ses
caméras au-dessus des décombres pour apercevoir une perspective. C’est ainsi que des ruines de la Palestine émerge un personnage solaire (Le Clown de Gaza), déterminé à continuer de faire rire les (sur) vivants pour leur donner une raison de (se) reconstruire. Ou, la voix d’une mère soldate ukrainienne parvient à couvrir le son des bombes russes (Mon cher Théo) pour raconter à son fils la société qu’elle rêve de lui léguer et pour laquelle elle se bat, armes et caméra à la main.

Les grandes questions écologiques ou sociétales se discutent à hauteur
d’humain : un styliste qui allie créativité et responsabilité environnementale (De la poussière à la poussière), des Bibliothécaires américaines mobilisées pour la liberté de lire et de penser, des victimes et des coupables de féminicides qui se rencontrent (La Réparation) et même une grande histoire d’amour qui défie le racisme et la géographie (Le Cycle de l’amour).

Face à ces bouleversements, l’espoir est là, bien réel et toujours palpitant,
grâce à des hommes et – surtout – des femmes de bonne volonté. À l’image de la rayonnante héroïne de Coexistence mon cul! cherchant à panser les plaies du conflit israélo-palestinien grâce au pouvoir salvateur du rire; de cette grand-mère vietnamienne qui égraine un abécédaire de la nature et de ses rêves à ses petits-enfants dans Ciel, papier, rivière... Ou, cette sage-femme burkinabè, fondatrice d’une maternité en pleine brousse (Wolobougou), ou encore ces Mères de Chibok, preuves que la femme est l’avenir de l’Afrique. Plus près de nous, Maïmouna, la voix du 9-3, tire le portrait d’une jeune avocate qui défie les préjugés et les déterminismes. Toutes ces femmes sont les incarnations vivantes que rien n’est jamais joué d’avance !

Et quelle meilleure expression de cet espoir disséminé à travers la planète et nos plus de 150 films que le fil rouge de la danse, qui relie plusieurs de nos catégories ? Chorégraphies élastiques d’un fils de pêcheur chinois dans Danse avec les dieux.

Vous découvrirez la répétition du dernier spectacle du directeur du Ballet de Biarritz dans Malandain, quand l’amour prend corps.

Grâce à la réalité virtuelle vivez La Danse des diables de Pillaro en Équateur, un trip techno avec Rave et l’élégance dans Danse Danse Danse – Matisse.


L’espoir est là. Il suffit de savoir où le chercher. Une affirmation que le flux de l’actualité ne rend pas vraiment intuitive, convenons-en.

C’est là la force du documentaire que d’apporter l’épaisseur de l’expérience
humaine et la mémoire des archives quand l’actualité nous rattrape. Voyez Amérique latine, un continent sous influences, une série qui nous éclaire sur la longue histoire de la présence nord-américaine au sud du continent et Véto de campagne, Amélie, qui accompagne les éleveurs de son coin de Loire-Atlantique.

C’est pourquoi, nous vous donnons rendez-vous dans les salles pour vérifier par vous-même que le documentaire reste un formidable outil pour réfléchir, y compris parfois contre soi-même, contre ses peurs et ses réflexes. Et laisser opérer la magie du cinéma, de la rencontre et de l’altérité à travers un écran, et se sentir responsable plutôt que désespéré.

Vive le Doc! Vive le Fipadoc!

Newsletter

Inscrivez-vous pour être tenu au courant de nos actualités :

VOUS ÊTES DÉSORMAIS INSCRIT(E) !

you lost your Internet connection